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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 00:35

montecore-un-tigre-unique.jpg 

 

 

MONTECORE, UN TIGRE UNIQUE

 

                                       traduit du suédois par Lucile Clauss et Max Stadler

 

 

Ça, c'est quelque chose que j'ai toujours adoré dans mon exploration de la littérature étrangère, c'est ces petits bijoux d'humour complètement inattendus, venus d'ailleurs, et qui nous rapprochent humainement. J'aime découvrir qu'on puisse rire des mêmes choses, comprendre l'humour d'une autre culture car il est finalement sensiblement le même que le nôtre, c'est pour moi un réel enchantement à chaque fois.

Nous avons ici en plus un sacré bonus avec cet auteur suédois de père tunisien et de mère suédoise. Quel mélange inattendu culturellement parlant! Voilà donc un roman qui explore deux cultures en un livre! Excellent! C'est ce qui m'a arrêtée quand je l'ai repéré chez Keisha, et quelle chance, quelle opportunité d'un voyage culturel original, je m'étais dit alors.

 

Toujours dans la série des bonus, je ne m'étais pas attendue au style narratif du récit, dont la construction vaut le détour à elle toute seule!

 

J'ai adoré déjà le prologue qui commence ainsi:

"Hé toi! Hé toi! Lecteur! Là dans la librairie, qui feuillette ce livre! Laisse-moi t'expliquer pourquoi tu vas sacrifier ton temps et ton argent dans ce livre-là!"

Le ton est donné, le livre met à l'aise et la banane, donne envie de s'installer dans un fauteuil pour lire la suite, et on se sent confiant dans le talent de l'auteur à nous épater et surtout à nous faire rire.

 

 

L'histoire en elle-même n'est pas originale, mais c'est la façon dont elle est racontée qui est excellente, une narration à deux voix complètement délirante, sous forme semi-épistolaire, qui nous permet de faire un voyage culturel en Tunisie et en Suède, des années 70 aux années 90, à travers une biographie réinventée du père de l'auteur.

C'est l'opportunité d'en savoir plus, mine de rien, sur les Suédois, leur culture, leur mentalité, leur pays, c'est un tour d'horizon très intéressant sur la Suède qui n'est pas forcément éclairée sous son meilleur jour, à travers le regard de l'immigré et de son fils à la culture mixte.

Les moeurs tunisiennes et suédoises sont différentes, on s'en doute, la rencontre des deux cultures n'est pas sans heurts, et la façon dont l'auteur les met en scène est vraiment instructive. Certains propos ressembleraient même par moment à un règlement de compte vis-à-vis d'une Suède raciste, malgré l'humour toujours présent. 

 

Un extrait qui m'a bien fait rire:

 

"-Grâce à ma femme, j'ai réussi à transformer ma mentalité de sorte qu'elle soit presque devenue suédoise. [...]

- Par exemple?

- Oh là là! C'est compliqué, je ne me souviens pas de toutes les règles. Mais laisse-moi essayer.

[...]

- A chaque fois que j'investis dans un journal, je dis un triple merci. Je ne marchande jamais dans les magasins. Je suis capable de discuter du temps et du vent pendant des heures avec la précision d'un météorologue. A chaque fois que je m'apprête à saluer mes voisins, je m'efforce de garder le silence et pense au proverbe: "Un Suédois se tait." ()

- Et quoi encore?

- Si on dîne au restaurant, je veille à ce que la femme paie sa part de l'addition. Si je bois de l'alcool, je ne m'arrête pas avant que l'inconscience ne s'approche."

 

 

J'avais beaucoup aimé Kadir au début, l'ami tunisien du père, à l'initiative de cette biographie, avec son parler bancal mais coloré et si charmant, ses descriptions toujours précises et soignées, ses tournures de phrases alambiquées mais si amusantes, mais j'avoue avoir eu quelques lassitudes au bout d'un moment, comme si l'humour lié à ce parler si particulier ne prenait plus. De même pour Jonas, le fils, je me suis lassée au bout d'un moment de son style d'écriture, avec les papas et les mamans (d'ailleurs là je n'ai pas compris le délire de l'auteur...), mais l'ensemble, les deux associés, donne un mélange tonique au texte et un récit plein d'originalité et de fraîcheur.

 

Pour finir, une photo de l'auteur car:

 

jonas-hassen-khemiri.jpg

 

Ouhlala!!! 

 

L'auteur

Jonas Hassen Khemiri, Tunisien et Suédois, né en 1978 à Stockholm, a fait des débuts très remarqués avec son premier roman, vendu à 200.000 exemplaires. Montecore, un tigre unique a reçu le prix P.O. Enquist et est traduit en huit langues.

 

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 01:31

legend-of-a-suicide---sukkwan-island.gif  

 

 

LEGEND OF A SUICIDE

 

( SUKKWAN ISLAND )

 

 

Une lecture très perturbée par des tentatives de trouver la faille, le hic, un truc dans ce livre qui était censé me retourner - un truc amusant en plus, avais-je cru comprendre...

 

... mais commençons par le commencement!

Ce livre, je le vois partout sur la blogo depuis un moment, et les lecteurs ne tarissent pas d'éloges à son sujet. Je sais vaguement que ça se passe en Alaska, que c'est l'histoire d'un jeune ado, qu'il y a un suicide... Tout cela me parle moyen, voire pas du tout... Il y a des thèmes comme ça, on sent tout de suite si ça nous correspond ou pas, même si on ne doute pas une seconde que l'histoire ait pu emballer d'autres lecteurs.

Sauf que bon, je suis curieuse quand même, et faible face aux arguments enthousiastes. Un jour, je passe en librairie, et oooh, je tombe sur ce livre en VO, et ma foi, son épaisseur m'encourage, ce livre fait quelques 200 pages, du lu en moins d'une semaine, quoi... Au pire, une semaine de souffrance si je ne rentre pas dedans, me dis-je.

 

Je commence, et là, ben, au début il ne se passe rien de particulièrement transcendant mais rien de rebutant non plus (rien, quoi ). Un jeune ado qui raconte l'histoire de sa famille, le divorce de ses parents, du banal au premier coup d'oeil... bon...

J'arrive au chapitre "Sukkwan Island", et là, je sens que le récit prend un autre ton, il s'ouvre comme un conte, on rentre dans un autre univers, quelque chose de différent en ressort, je me sens bercée par le talent de conteur de l'auteur, mais je ne suis toujours pas transcendée pour autant, juste, cette nouvelle partie se laisse lire très agréablement.

 

C'est alors que je retrouve Cryssilda qui a adoré ce livre et qui me dit "alors, alors?" - et moi, "ben... rien, pour l'instant". Elle feuillette mon livre, me demande où j'en suis, apparemment je parle de choses qu'elle n'aurait pas lues. Je crois comprendre déjà, par ses mimiques étonnées, que le père meurt différemment, et là j'apprends que la version française commençait par la partie "Sukkwan Island" (en gros, je m'étais tapée des pages pour rien...). Le début que j'aurais lu correspondait à la "réalité", et avec "Sukkwan Island", on rentrait dans la fiction. Aaaah?? Intrigant tout ça... ! Bien, bien, l'espoir renaît, d'autant plus qu'en feuilletant le livre, elle s'arrête à une page et fait "aah oui... mmmh... c'est moins amusant en anglais". Moi de suite, "quoi qu'est-ce?" et là, silence radio, "non non tu verras" - "oui mais ça veut dire quoi?" - "mmmh... non c'est une question de pagination... mais il se passe un truc, tu pourras pas passer à côté." Moi, on me dit des trucs comme ça, forcément, regain d'intérêt, curiosité, harcèlement pour avoir plus de détails... mais, nada, je n'ai pas pu en savoir plus.

 

Je lis donc dans mon coin, hantée par la découverte de ce truc qui me fera trouver l'auteur génial, et quand je tombe dessus, oui, j'ai un léger choc dans ma tête, c'est que c'est assez inattendu - d'ailleurs je tiens à préciser que la pagination n'aurait rien changé pour moi car j'ai relu le truc deux ou trois pour être sûre - et ce, d'autant plus que la première partie (inexistante en français donc) ne me laissait pas du tout imaginer cette tournure des événements.

 

Sauf que d'autres courts chapitres suivent celui de "Sukkwan Island", ceux-là non intégrés dans la version française si j'ai bien compris, et ça m'a un peu perturbée car du coup je me demandais si j'étais bien tombée sur LE truc ou si c'était à venir, et surtout, quelle était la réalité dans tout ce mic-mac.

 

En fin de compte et avec le recul, je vois ce récit - et je précise parler essentiellement de la partie "Sukkwan Island" - comme un "conte" sur la mort, conte car, malgré le glauque et le tragique de situation, il y a quelque chose de beau, d'émouvant, de fort, et même de comique, qui ressort de cette histoire. On sent qu'à travers sa petite farce qui ressemble à un règlement de comptes assumé, l'auteur a fini par accepter le suicide de son père et a pris sa revanche sur cette fatalité, et vu sous cet angle-là, on comprend mieux la construction de ce récit et son développement. J'ai trouvé ça très beau cette manifestation d'amour filial à coups de non-dits, de malentendus, de maladresse, de remords... tout ceci est évoqué par l'auteur avec justesse, finesse et humour.

Au-delà du récit, ce qui me touche, c'est ce processus de deuil étalé sous nos yeux sans pesanteur, l'idée que, pour pouvoir accepter ce qui nous dépasse, surtout quand cela tend à nous culpabiliser, on puisse s'inventer une autre réalité, refaire l'histoire en quelque sorte pour pouvoir prendre sa revanche sur l'inexplicable et l'irréversible, et se rendre justice au passage.

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 23:46

la-musique---mishima.jpg  

 

 

LA MUSIQUE

 

                traduit du japonais par Dominique Palmé

 

 

Mon premier Mishima, et je dois dire que sans l'intervention de Gangoueus lors d'un Dîner Livres Echanges, alors que ce roman faisait partie de ses propositions, je n'aurais peut-être pas lu de Mishima de si tôt, malgré mon grand intérêt pour la littérature japonaise.

Dans ma tête, cet écrivain avait une réputation obscure, il me semble avoir retenu qu'il était "spécial", bref, je l'avais catégorisé "pas pour moi". J'avais l'image d'un écrivain qui se complaisait à écrire des histoires tordues, sordides, qui mettaient mal à l'aise, et surtout, difficiles à appréhender. Bref, cet auteur m'avait toujours fait peur jusqu'à présent.

 

Ce roman-ci avait pourtant attisé ma curiosité, et particulièrement la 4è de couv', où l'on parle de "subtile ironie", d'un "écrivain qui nous mène par le bout du nez", d'un "autre masque de Mishima: celui de l'écrivain capable de rire - surtout de ses propres obsessions - et de divertir son lecteur sur des sujets graves, et qui pour ce faire n'hésite pas à recourir à un suspense de roman policier et à un ton parodique jusque-là absent de son oeuvre."

 

Autant dire qu'a priori je n'ai pas lu là le plus typique de Mishima, aussi je reste dans le doute quant à ses autres oeuvres, mais j'ai plutôt apprécié ce roman-ci, à ma grande surprise!

Dès les premières phrases, je suis rentrée dedans, le style m'a plu, me rappelant ce phrasé japonais comme j'aime, cet univers énigmatique qui met à l'aise de suite.

 

Bon bien sûr, on est loin du roman hilarant mais ça reste vraiment agréable à lire, rien de compliqué comme j'appréhendais, le style est coulant, le sujet aussi reste accessible bien qu'on soit en pleine étude d'un cas de psychanalyse (basé sur un cas réel). Ce n'est pas trop mon domaine de prédilection surtout quand la psychanalyse est le thème principal du roman, mais là j'ai trouvé ça vraiment intéressant, cette histoire de femme qui "n'entend plus la musique" (une métaphore désignant sa frigidité).

Oui, le sujet est spécial, et il l'est encore davantange en creusant le pourquoi du comment, mais bon, franchement je n'ai pas trouvé ça particulièrement dérangeant.

 

Le roman est bien construit, le sujet développé de façon à maintenir la curiosité du lecteur en alerte, les personnages sont vraiment intéressants, je n'ai vraiment pas eu le sentiment de m'être ennuyée une seconde.

 

J'ai vraiment bien aimé le style de l'auteur aussi, je trouve vraiment très plaisant ce genre de phrases imagées:

 

"Je suis descendu sur le quai. Le train s'est ébranlé. Le visage blême et souriant de Reiko, que l'absence de maquillage rendait un peu flou, a pris en s'éloignant l'apparence d'un mouchoir en dentelle plaqué contre une vitre, puis a disparu de mon champ visuel."

 

Mon premier Mishima et peut-être pas mon dernier donc!

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 01:09

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MONSIEUR KI

 

              RHAPSODIE PARISIENNE À SOURIRE POUR CARESSER LE TEMPS

 

 

Voilà un livre qui m'a attirée pour son titre étrange, très joliment libellé mais pas très clair (je trouve) (mais du coup j'adore ) et par sa quatrième de couv' qui donne le ton, un ton qui me plaît, sans détour, inattendu dans le discours, et qui semblait présenter un roman original, servi par un style empli d'humour et de verve:

 

" "Toujours est-il que je ne me sens à l'aise qu'avec les Blancs racistes ; avec eux je suis confiant, je sais à quoi m'en tenir, je sais où je mets les pieds. Tout de suite je me dis : "Voilà un Blanc." En revanche, je me méfie de ceux qui ont un ami sénégalais ou camerounais, les Monsieur-moi-je-connais-bien-les-Noirs, les Monsieur-moi-j'ai-passé-vingt-ans-en-Afrique, qui n'écoutent que Miles Davis ou Tiken Jah Fakoly, qui ne jurent que par la spontanéité et l'élégance naturelle des nègres ; ceux-là je m'en méfie. Ils me foutent mal à l'aise. Je ne mets pas en doute leur sincérité, mais ils me foutent mal à l'aise, c'est tout. "

Voici un roman fou qui révèle, plus que les sages, notre monde, au premier, au deuxième, au trentième degré !... Cent histoires s'enchâssent, mille facettes composent ce roman-mosaïque qui se passe surtout entre Paris et un village africain où règne une désopilante folie.

Roman-rhapsodie, Monsieur Ki chante et nous enchante pour caresser à rebrousse-poil notre temps..."

 

 

Humour, absurde et dérision, réflexions délicieuses et inattendues à travers des histoires et anecdotes de fou se déroulant dans un petit village africain, Djimi, surnommé le village fou, caractérisé par le "déconnement" qui le possède et les "déconnards" qui le peuplent (excellent vraiment ce délire de l'auteur!), voilà qui m'a beaucoup divertie!

 

"Tout d'un coup, alors que Dynamo et le juge continuent à s'étriper à coups de "juge incirconcis" et de "couillon malotru", le cousin-cocu-envoûteur se met lui aussi à dérailler dans son coin, comme ça, dans le vide, pour sa santé.

 

La plume de l'auteur est alerte, vive, animée, pleine de drôlerie, ses personnages sont hauts en couleur, beaucoup de bonheur, quoi! 

J'ai adoré aussi la construction du récit avec les apartés du narrateur alors qu'il retranscrit le récit sur bande sonore, car, pour faire bref dans le résumé, notre narrateur (un Africain) vient d'emménager dans une chambre dans le 11è arrondissement de Paris et y découvre une bande magnétique laissée par le précédent locataire (un autre Africain). Ce dernier y raconte des histoires venant de son village (le fameux village fou) en s'adressant à un certain Monsieur Ki.

Il y a donc plusieurs niveaux de récit, entre les réflexions de notre narrateur à Paris et la concierge qui ne lui épargne aucune des lettres de son voisin de campagne, le récit du précédent locataire et les apartés du narrateur, un amas de parfois n'importe quoi sur tous les niveaux de récit, que j'ai trouvé franchement drôle!

 

 

L'auteur

Second roman, après Babyface (prix Kourouma 2006), de Koffi Kwahulé, un auteur ivoirien déjà connu dans le monde entier pour son oeuvre théâtrale.

(ça tombe bien ça pour mon projet "Théâtre"!).

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 01:10

Titus-d-enfer.gif 

 

 

TITUS GROAN


( TITUS D'ENFER )

 

                           traduit de l'anglais par Patrick Reumaux

 

 

Le début fut difficile, ça s'annonçait vraiment mal, d'ailleurs chez Mango, alors qu'on s'enquiérait de l'avancée de chacune dans l'histoire, j'avais écrit en juin:

"Ah si si, pareil - trop de descriptions, et pas vraiment d'intrigue j'ai l'impression! On ne sait pas trop à quoi s'attendre et c'est inquiétant! Je n'ose pas m'arrêter maintenant de peur d'abandonner définitivement (j'en suis vers la page 100 et ça se lit quand même assez vite) mais je lorgne beaucoup sur mes autres livres!:)"

 

C'est que quand on rentre dans l'univers de ce livre, c'est comme si l'on entrait dans le chatêau de la Belle au bois dormant et que l'on assistait à l'éveil un par un de chaque partie du décor et des personnages... et chacun de s'étirer de tout son long, et chaque détail de cet étirement de nous être rendu... C'est particulier, ça participe à la création certaine d'une atmosphère à part, nous voici dans le château de Gomengharst et nous en faisons la visite guidée avec chaque partie qui nous est présentée minutieusement, pierres et personnages inclus.

 

Le plus qui fait que je ne me suis pas tout à fait endormie, c'est que c'est un monde un peu excentrique. L'image qui m'est venue en découvrant tout ce beau monde, c'est celle des caricatures un peu grotesques, burlesques, fantasques, des personnages des couvertures des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett.

 

Dans ce fatras de mouvements divers mais extrêment ordonnés mine de rien, à travers lesquels l'auteur nous mène avec un sens du détail impressionnant, il se passe des choses (enfin, l'expression est forte) qui finissent par éveiller notre curiosité, et une fois qu'on a pris la température de ces lieux, si on se laisse aller et guider par le fil d'Ariane, on commence à prendre ses aises.

 

On finit en effet par s'habituer à suivre le rythme étrange de la vie au château de Gomengharst, gouverné par des rites sans fin, habité entre autres par un lord à la ramasse, une comtesse entourée de chats, leur fille Fuschia, et Titus, le  fils qui vient de naître. C'est ce dernier qui va être à l'origine (malgré lui) du changement, imperceptible au départ, à Gomengharst, et bousculer l'ordre établi dans ces lieux - car jusqu'à présent, ce château était la demeure d'un peuple mort, tué par des rites absurdes, errant dans un enfer sans fin.

 

Il y a de très bons passages dans ce récit, ponctués d'absurdités à la Ionesco et de burlesque à l'anglaise. Les dialogues, les situations et les personnages eux-même se rapprochent parfois du n'importe quoi, à un point que ça en est cocasse.

J'ai entre autres adoré le personnage d'Irma, la soeur du docteur, excellente avec sa manie de se répéter. Le personnage de Finelame, le moins "atteint" dans l'histoire et terriblement perspicace, est très intéressant aussi.

Quant aux différentes cérémonies et rites absurdes qui rythment la vie au château, j'en ai parfois pleuré de rires tellement c'est grave. J'ai en mémoire la cérémonie du baptême avec Grisemer, docteur des lois, pendant laquelle rien ne se passe comme il veut. Désopilant! L'épisode de l'incendie aussi est très bon, l'occasion pour l'auteur de mettre tout ce beau monde face à l'imprévu, les descriptions de leurs réactions sont vraiment très drôles et excellentes!

 

Un petit extrait au hasard:   

"Les convives mangent par à-coups, chaque fois qu'ils ont cinq minutes entre les interminables formalités du rituel compliqué que Brigantin fait respecter aux instants voulus. Dérouler dans le détail le catalogue où est consigné le rituel du Déjeuner, déjà au dernier degré lassant pour les convives, serait à peine moins fastidieux pour le lecteur."

 

 

Un exemple de passage que je trouve comique, chiquement barge et représentatif à mon sens du talent de l'auteur pour les descriptions soigneusement détaillées mais non moins amusantes:

"S'agenouillant soudain, il colla l'oeil droit contre le trou de la serrure, contrôla les oscillations de sa tête et les velléités errantes d'un oeil gauche qui essayait désespérément d'embrasser toute la surface du panneau, et réussit enfin, grâce à un prodige de concentration, à distinguer un oeil comme le sien enchâssé dans le trou de la serrure, à moins de deux pouces, un oeil qui ne lui appartenait pas, car non seulement il était d'une autre couleur que sa propre prunelle de marbre, mais, ce qui était encore plus convaincant, il se trouvait de l'autre côté de la porte. [...] l'oeil de Craclosse était de toute évidence collé au trou de la serrure, devant la porte de la galerie des Brillantes Sculptures, et il était probable que le reste de sa personne s'y trouvait aussi."

 

 

Une oeuvre surprenante, devant laquelle je ne saurais trop quoi penser... Je ne pourrais résumer mes impressions en "aimé/pas aimé" mais j'ai été fortement impressionnée par le talent de l'auteur à avoir bâti cet univers fantastique avec une cohérence et une rigueur dans les détails qui m'ont plus d'une fois surprise. J'ai trouvé très fort aussi son talent à mélanger burlesque, absurde, poésie, légèreté et profondeur, tout en maîtrisant l'évolution de son intrigue. Les personnages m'ont marquée par leur folie, leur côté "à côté de la plaque", tout en étant très très réalistes.

J'ai fini par être gagnée par le charme de cet univers malgré les longueurs des descriptions et de certains événements (l'histoire de Keda par exemple, bien qu'elle ait un sens à la fin). 

 

 

Premier d'une trilogie - si au début je m'étais dit, "ouh la ce truc-là je le finis et après on oublie", en tournant la dernière page je me suis dit que je lirais bien les deux tomes suivants quand même. C'est que mine de rien, ça m'intéresse assez de savoir ce que devient Titus une fois adulte...

 

Lu dans le cadre du défi coupdecoeurblogo sur la proposition de Lolo 

(DAL 2010 - 5 / reste 10)

 

 

Egalement commenté par Isil, Lilly, et bien sûr, Mango (lecture commune avec cette dernière).

 

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 00:48
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LE MYSTÉRIEUX VOYAGE DE RIEN


Voici un roman sorti de ma PAL et qui m'avait attirée à l'époque pour son titre et sa quatrième de couv':

"Rien est un personnage sorti de nulle part, c'est-à-dire de l'imagination d'un auteur auquel il s'empressera d'échapper pour apprendre la vie en parcourant la planète. Il rencontrera Personne, qui deviendra son compagnon de voyage et son conseiller, son grand frère, son guide. Rien et Personne sur un bateau feront la connaissance de Quelqu'un, l'homme pratique, le marin de peu de mots, qui sait faire et défaire les nœuds. Ensemble, ces trois-là feront le tour du monde pour en découvrir les beautés et les pièges.
Le Mystérieux Voyage de Rien est à la fois un conte philosophique, drôle et vif, et une réflexion en profondeur sur le dialogue constant entre la raison et l'instinct qui préside à l'écriture de toute fiction. Lorsque les personnages échappent à leur auteur pour faire leur propre vie, ils donnent la vie aux mots...
Pour célébrer ses cinquante ans d'écriture, Antonine Maillet nous offre un roman qui a la vitalité de la jeunesse, la jeunesse d'un coeur qui a beaucoup aimé."



Au premier abord, ce récit se présente un peu comme un exercice de style oulipien autour des mots et concepts "rien", "personne" et "quelqu'un", et quelques autres en passant (on y trouvera entre autres les notions de "temps", "possible" et "impossible", tour à tour personnifiées).
En l'abordant sous un autre angle, on peut y voir un conte initiatique et philosophique plutôt original, un genre qui n'est pas trop ma tasse de thé à la base cela dit, et j'ai quelque peu souffert de longueurs (impression très personnelle qui n'engage que moi).
Les jeux de mots autour des mots "rien", "personne" et "quelqu'un" sont plus ou moins prévisibles, le choix des personnages est propice aux quiproquos, mais c'est précisément pour ces effets que l'on pressent amusant que j'ai lu cette histoire.

Quelques extraits parlants:

"La vérité fut que Personne avait eu peur pour Rien, en effet."

"L'agent cherche à démêler l'imbroglio:
- Il se nomme Personne? Quelqu'un ici peut-il nous instruire sur la provenance de ces gens?
Non, Quelqu'un ne le peut pas, n'ayant jamais connu la véritable origine de ses amis, sinon que... Rien vint à son secours:
- Personne ne connaît l'origine de Personne, c'est là le vrai mystère du monde.
La foule s'amuse:
- Et toi, petit, tu es qui?
- Je suis Rien.
- Mais ton nom, comment tu t'appelles?
- Je ne m'appelle pas, c'est les autres qui m'appellent."

Beaucoup de phrases de ce style prêtent à sourire tout le long du récit, cela dit, je m'y suis un peu perdue à la longue!

Au delà de ces jeux de langage, ce roman est très riche en thématiques diverses autour de la naissance d'un personnage, son auteur, son exploration du monde, ses réflexions sur ce qui l'entoure, sur notre planète, avec des observations pertinentes sur l'écologie, le colonialisme, la religion,... et j'en passe, et un jeu de miroir qui renvoie à notre condition humaine.


Dans l'ensemble j'ai trouvé ça un peu laborieux à lire, non pas que c'était complexe intellectuellement mais les pérégrinations de Rien m'ont un peu fatiguée, voire ennuyée par moment (ça m'a un peu fait l'effet Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann).
J'ai dû lire pas mal en diagonale d'ailleurs, avec l'envie de passer à une autre lecture, mais j'ai bien aimé la fin ainsi que le contexte dans lequel cette histoire a été écrite, que j'ai assimilé à un petit clin d'oeil de l'auteur => c'est en quelque sorte l'histoire d'un personnage qui lui échappe, à qui elle donne sa liberté par auteur interposé, après des années d'écriture, je trouve ça pas mal cette réflexion qui en découle autour de l'écriture et de l'auteur d'un personnage de roman.


L'auteur
Née en 1929 à Bouctouche au Nouveau-Brunswick, Antonine Maillet est un écrivain dont la renommée s'étend à toute la francophonie et dont l 'oeuvre est aujourd'hui traduite en plusieurs langues. Romancière et dramaturge. elle a fait paraître de nombreuses pièces de théâtre et des romans pour lesquels elle a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le Goncourt en 1979 pour Pélagie-la-Charrette.

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 16:00



JPod

Ayant eu une excellente impression de cet auteur à travers The Gum Thief dont l'humour, le cynisme et le propos m'avaient marquée, et malgré une grosse déception avec Eleanor Rigby, limite déprimant, j'ai récidivé avec JPod histoire d'être fixée une bonne fois pour toutes, et sur ce coup-là, j'ai été de nouveau comblée par une expérience de lecture plutôt originale!

Bon, JPod n'est pas le livre du siècle, rien de vraiment bouleversant, mais Douglas Coupland a un humour et des délires qui me parlent, et sous ce masque de dérision, affleure clairement une vision critique d'une société en mal de repères, la nôtre, dont les observations sur sa réalité tragique ne pourront qu'arracher des sourires au lecteur.

"TV and the Internet are good because they keep stupid people from spending too much time out in public."


Original, le texte alterne entre récit de l'histoire en cours, façon classique, et délire textuel impliquant spams divers, chiffres, tout ce qui a trait aux échanges sur la toile, et tout ce flot d'information que Google nous sert sur un plateau, un shake-up d'éléments sans rapport entre eux, voire sans sens, ainsi que des réflexions drôlissimes disséminées ici et là par l'auteur. C'est un peu "le roman classique" rencontre l'univers cybernétique!
Ça donne un truc un peu fou, qui pourra d'ailleurs en dérouter certains, qui demande même une certaine patience, mais rien que l'idée que l'auteur ait pris la peine et le temps d'agencer tout ça m'a fait triper!

L'histoire tourne autour d'un groupe de trentenaires travaillant dans l'univers du jeu vidéo chez JPod, des geeks dont le quotidien consiste à trouver des palliatifs à une vie professionnelle peu épanouie et désenchantée pour cause de créativité muselée par la politique marketing de leur boîte.
Ces solutions de survie se traduisent entre autres par: organiser des concours d'écriture pour se vendre sur E-bay, écrire une lettre à Ronald (la mascotte de McDo) pour le convaincre qu'ils sont son compagnon idéal, faire des listes des nombres premiers (16 pages réelles dans le livre) en y glissant un intrus qu'il faut retrouver, des réflexions du genre, "les documents sont 34% plus ennuyeux en police Courier", avec exemples à l'appui pour appuyer ces propos, et une répartie de Kaitlin, la rebelle à cette amorphie générale, comme quoi "pour que ce soit plus ennuyeux, il faudrait déjà que le texte de départ soit intéressant", et j'en passe...
En bref, des moments de lecture hilarants, des personnages tous plus barrés les uns que les autres, j'étais pliée de rire aux chapitres où Kaitlin, la dernière recrue, tentait par tous les moyens de quitter cette boîte de malades et de désoeuvrés, qu'on lui faisait comprendre que c'était tout bonnement impossible, et que, par compassion, ses collègues faisaient semblant de travailler quand elle était à deux doigts de péter un câble!

Parallèlement, se greffent aux événements au sein de JPod des histoires abracadabrantesques liées à la famille quelque peu déjantée du personnage principal, Ethan, l'entraînant en passant à rencontrer l'auteur himself, Douglas Coupland, qui se fait une joie de se mettre en scène avec autodérision.

C'est du pur délire, l'auteur s'est visiblement éclaté en écrivant ce livre, et en même temps ça reste cohérent et sensé, c'est vraiment la force de cet auteur qui a un talent indéniable pour dépeindre la psychologie des personnages et notre condition humaine qui n'a en réalité rien de très flatteur malgré l'impression de palpitant extérieur, avec un mixte d'humour intelligent et de loufoquerie pour dédramatiser tout ça.


Roman non traduit à ce jour si je ne me trompe mais a priori, ça ne saurait tarder. A noter qu'une série télévisée du même titre a été adaptée de ce roman.

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 14:31



 

LES MAÎTRES DE GLENMARKIE

 


"Une partie de moi-même se cabra devant cette entame racoleuse, qui cherchait à capter l'attention du lecteur en le circonvenant de ses rets à grosses mailles."

C'est marrant, quand je suis tombée sur ce commentaire de Krook au sujet du Maître de Ballantrae de Stevenson, je me suis dit, "Tiens, c'est drôle comme cette pensée m'a traversée aussi la tête avec ce livre que j'ai entre les mains..."

Le style m'a un peu agacée au départ, entre autres dans les comparaisons répétitives et destinées clairement à amuser que j'ai trouvées plus lourdes (à la longue) qu'amusantes, du type:

"... j'ai repensé à ce moment où le nom de Lockhart de Glenmarkie a surgi du néant, [...] tel un bébé vêtu de pied en cap au sortir du ventre de sa mère."
"Cette fameuse beauté dont les poètes se gargarisent n'a pas plus de rapport avec le désir que les pommes et les poires de Cézanne avec la gastronomie... ou que les sermons de votre O'Brien avec la vraie parole du Christ."
"Aussi je me propulsai telle une boule de billard au milieu d'obstacles gigantesques..."
"... sa faculté de sourire et de grimacer alternativement, comme si une main invisible lui caressait le cou tandis qu'un autre lui broyait l'échine, ou comme si un neurone défectueux avait pris la mauvaise habitude de transmettre aux muscles de son visage des informations contradictoires."
"Mrs Krook poussa un petit "oh!" de contrition et mit la main à la bouche, comme si elle venait d'ouvrir la porte des toilettes pour hommes dans un restaurant.
"Bref, j'ignorais encore que l'Université est à l'amour de la littérature ce que l'huile de ricin est à la soif."

(celle-là j'ai bien aimé cela dit car j'ai trouvé ça assez vrai, d'expérience personnelle)

Tout me semblait construit de manière à emberlificoter le lecteur dans ses toiles en lui servant tout ce qui serait censé lui plaire et le divertir - et vazy que je te sers du suspense, et vazy que je te sers des noms d'écrivains victoriens, et revazy que je te mets de l'humour auquel on-ne-résiste-pas-je-le-sais - normalement ça aurait dû prendre avec moi mais j'ai malheureusement trop ressenti l'artifice de la chose et suis passée un peu à côté.


L'intrigue est plutôt originale mais pas assez exploitée à mon goût, comme une bonne idée qui n'aurait pas été creusée aussi loin que ça aurait pu l'être.
C'est en fait un roman à deux voix et plusieurs tiroirs qui évoque beaucoup de choses en surface et pas assez en profondeur:
- le couple Krook/Mary ne m'a pas convaincue (sans compter ce Borel dont je ne sais même pas comment il a fini par se retrouver avec Mary...)
- le mystère des tiroirs, j'aurais bien aimé que le lecteur participe à leur résolution, façon énigmes - j'ai trouvé ça un peu facile la façon dont Mary résout tout
- pas de vrai différence de ton d'une voix à l'autre côté narration, pour moi c'était quasi interchangeable

- l'histoire se déroule dans les années 50, mais elle aurait pu se dérouler dans les années 30, 40, 60, 70, que je n'y aurais vu que du feu. En dehors de la mention de certains auteurs de cette époque, je n'y ai pas ressenti l'atmosphère des années 50...



Malgré cela, je lui reconnais beaucoup de qualités tout de même à ce roman: une intrigue non linéaire qui surprendra par ses rebondissements, les chemins qu'elle prend, rien n'est acquis dès le départ, ni au milieu, ni nulle part, on croit avoir les éléments en main et paf, ce n'est pas ça ou autre chose, il y a, en cela, un jeu de miroir avec le sécrétaire et ses tiroirs que j'ai trouvé judicieux. Le sujet de l'intrigue en lui-même m'a moyennement parlé cela dit mais je l'ai trouvé plutôt bien mené et développé.

L'histoire se laisse lire aussi agréablement, on y croise parfois de vrais bonnes trouvailles, des excentricités de lecteur avec lesquelles tout bon amoureux des livres s'identifiera, ce pourquoi on pourra d'ailleurs éprouver beaucoup de sympathie pour ce livre:

"- Peut-être parce qu'il manque de place. C'est un véritable drame, vous savez! De Quincey déménageait chaque fois que sa bibliothèque était pleine... On dit que, pour éviter cette extrémité, Samuel Johnson avait fixé une bonne fois pour toutes le nombre de livres que devait contenir la sienne à mille sept cent neuf, la date de sa naissance... et chaque fois qu'il en acquérait un nouveau, il devait se défaire d'un autre. Cruel dilemme, qui a dû lui coûter bien des larmes." (J'ADORE! )


J'ai bien aimé l'inititation aux livres de Krook et j'ai trouvé excellent la lettre de Thomas Lockhart à Oliver Cromwell, pleine d'ironie, drôlissime, je parlais plus haut d'indistinction des voix d'un personnage à l'autre mais Thomas Lockhart se démarquait vraiment, l'auteur a réussi là la création d'un personnage unique et savoureux, idem concernant Walpole.

Bon roman dans l'ensemble mais pas aussi foudroyant de perfection () que j'espérais. En tout cas, joli clin d'oeil à la littérature victorienne qui ravira certainement tous les Victoriens dans l'âme.


L'auteur
Jean-Pierre Ohl est libraire près de Bordeaux. Après Monsieur Dick ou Le dixième livre, Les maîtres de Glenmarkie est son deuxième roman.


Egalement commenté avec enthousiasme par Keisha, Ys, et Brize est plus mitigée, comme moi.

 

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 17:29




LE MODÈLE

                  traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud


Lars Saabye Christensen est un auteur que je voulais déjà découvrir à travers Le demi-frère, désigné par la Critique comme un de ces incontournables des dernières années côté Norvège, mais son aspect pavé-esque m'avait quelque peu découragée, aussi je l'avais laissé de côté à l'époque.
Quand Liliba a présenté Le modèle, je m'étais dit, voilà l'occasion de découvrir l'auteur, d'autant plus que l'intrigue me semblait particulièrement intéressante - une histoire de peintre renommé, Peter Wihl, et sa lente descente aux enfers quand il apprend qu'il va devenir aveugle six mois avant l'exposition qui va couronner ses 50 ans, une rencontre qui va changer sa vie, une décision à prendre qui va le confronter à sa conscience, une histoire intrigante et perturbante en somme, et un final à sa hauteur.

Déception, je suis ressortie de ce roman en me demandant ce que ça m'avait apporté ou ce que j'avais appris, ce que l'auteur avait voulu démontrer ou dénoncer.

-> si ce sont les difficultés d'une famille à surmonter une épreuve qui affecte un de ses membres, je n'ai bizarrement pas été touchée. Tout et tous semblent en plus accuser et accabler Peter Wihl de façon naturelle alors que finalement c'est lui qui subit l'épreuve - étrange. Attention mini-spoiler!!! La fin avec cette notion de punition m'a du coup déplue.

-> Attention spoiler (car si dénonciation il y a, il me semblerait bien que ce soit autour de ce thème...): si c'est le traffic d'organes qui est pointé du doigt avec ce que ça implique en terme d'exploitation des riches sur les pauvres, j'aurais préféré que l'histoire soit centrée sur les enfants plutôt qu'évoquée en 2 chapitres comme entre parenthèses. Par ailleurs, si j'ai bien compris, Peter Wihl n'était pas au courant de ce à quoi il s'engageait vraiment, alors, que tout le monde le désigne comme coupable unique et impardonnable m'a paru extrême.

J'ai beaucoup lu en diagonale comme si, inconsciemment je me disais, bon, venons-en à l'essentiel, au fait, à ce qu'il veut dire, et franchement je n'ai pas l'impression d'être passée à côté ou d'avoir raté des éléments me permettant de mieux appréhender le texte en ayant lu de la sorte.
Beaucoup de blabla gonflant aussi, avec des évidences du genre: "la vue est ma manière de voir le monde, sans la vue je ne suis rien." ou des dialogues type:
"- Je préférerais s'il te plaît être tenu à l'écart de tes mensonges.
- Un secret n'est pas la même chose qu'un mensonge.
- Pour l'instant, c'est toi qui as dit plus de mensonges que de secrets."


On tourne en rond autour de considérations qui ne veulent pas dire grand chose et ne mènent pas vraiment quelque part. On est en attente d'un dénouement, de quelque chose, et puis, rien - c'est l'effet que ça m'a fait en tout cas. Presque, tout ça pour ça?

La femme du peintre s'exclame à un moment: "Oh, ce que t'es chiant!" et j'avais envie de renchérir, oui et puis tous autant que vous êtes d'ailleurs.
Le seul personnage qui m'ait plu, et pourtant le plus détestable, c'est Thomas Hammer, l'ophtalmologue. Pour moi, il secouait cette intrigue un peu trop tranquille et consensuelle. J'ai beaucoup aimé la scène des retrouvailles des anciens élèves, un peu dérangeante mais tellement inattendue, c'est là que j'ai eu le sentiment que l'auteur pouvait dérouter s'il voulait, dommage (pour moi) que tout le roman n'ait pas été dans cette veine.


L'auteur
"Lars Saabye Christensen est poète, romancier, critique, scénariste, dramaturge, traducteur et parolier. Il est l'auteur du Demi-frère (Lattès, 2004), qui a reçu le prix du Conseil nordique, et de Hermann, récompensé par le prix de la Critique. Avec Le Modèle, il signe un roman magnifique sur la création artistique porté par une chronique familiale juste et poignante."

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 00:46



ELEANOR RIGBY


Mauvaise pioche pour cette fois-ci, et pourtant j'avais misé gros dessus depuis que j'ai découvert Douglas Coupland à travers The Gum Thief (sans compter son cultissime Generation X que je lirai probablement un jour, histoire de voir de quoi il retourne). Tellement misé gros que je suis allée jusqu'au bout malgré de gros doutes au fur et à mesure de ma lecture.

J'ai vécu ce livre comme un long monologue d'une femme dont la vie n'est pas franchement trépidante et dont les considérations tournent beaucoup autour de la solitude et sont à la limite du blabla psychotique par moment, sans compter les délires mystiques de son fils (une histoire de fermiers que je n'ai pas bien suivi...), mais ce qui m'a fait aller au bout (en dehors du fait que j'y croyais malgré tout), c'est les quelques rebondissements inattendus qui animent une petite flamme de vie dans le texte et qui instaurent même un certain suspense.
Dans l'ensemble j'ai trouvé cette histoire assez triste et totalement dénuée de l'humour et des délires de l'auteur  que j'avais tant appréciés dans The Gum Thief (en fait, la couverture ci-dessus vous plonge tout de suite dans l'ambiance - mais ce n'était pas celle que j'avais en tête au départ...).

En même temps, ça reste intéressant et pertinent toutes ses réflexions, Douglas Coupland excellant toujours à dépeindre les relations humaines, plus particulièrement familiales ici. Il a une bonne compréhension de la nature humaine, un certain cynisme très appréciable qui relève ses remarques sur les vérités tragiques de l'existence et les petits travers de l'homme, mais ce n'était pas ce à quoi je m'attendais en terme d'histoire...

A noter que "Eleanor Rigby" est le titre d'une chanson des Beatles (dont le thème est celui de la solitude) (si j'avais su...).

Bon, je poursuivrai tout de même ma découverte des livres de cet auteur suivant les thèmes qui pourraient m'intéresser.
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