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DES AMIS
traduit du coréen (Corée du Nord) par Patrick Maurus et Yank Jung-Hee
Des amis, en quelques mots, c'est l'histoire d'un divorce, tout à fait le genre de récit vers lequel je ne me serais pas précipitée en temps normal, mais son intérêt pour moi résidait dans le fait que c'est le premier roman nord-coréen traduit en français (repéré chez Daniel Fattore) !
Le phénomène seul méritait le détour et c'était là une belle opportunité d'en découvrir davantage, à travers sa littérature, sur une culture assez méconnue.
Une histoire de divorce donc, mais peu banale en réalité, car dans la société nord-coréenne, le problème du divorce est considéré comme un problème social, et non privé. Il semble donc naturel que le juge en charge de l'affaire mène une enquête très poussée auprès du couple, puis de son entourage, pour comprendre les raisons et les origines de la discorde, et tenter de ressouder les liens entre le couple.
J'ai trouvé ça personnellement assez étonnant ce côté mêle-tout du juge et j'ai même été un peu gênée par cet aspect, avec le mariage porté aux nues, le couple, la famille, mis sur un piédestal, et surtout cette impression que la loi se mêle de trop près de la vie privée des gens. Ce juge était tellement consciencieux dans sa tentative de sauver le couple pour le bien de la nation qu'il m'a du coup paru plus tenir un rôle de conseiller matrimonial ou de prêtre, cela dit, j'ai bien aimé son humanité, son côté simple, ordinaire et paternel.
D'une manière générale, cette intrigue m'a laissée un arrière-goût de quelque chose d'un peu trop sucré, édulcoré, lisse, idéaliste. Pour les histoires de divorce, on a plus l'habitude des confrontations type "Kramer contre Kramer", que de ce type de leçon moralisatrice sur les devoirs envers la société pour quelque chose qui, pour moi, relève de la sphère privée.
Le récit sinon est très accessible, bien mené, instructif sur la culture nord-coréenne, j'avais peur de quelque chose d'un peu trop révolutionnaire dans l'esprit (un peu le reflet de la couverture, et un peu façon certains romans chinois) et d'une intrigue un peu déprimante, triste, mais non, c'est plutôt moderne, contemporain, amusant même parfois sous l'effet du décalage culturel, et parfois énervant sous le coup du même effet. Le style quant à lui est fluide et agréable.
J'ai juste été étonnée par le vouvoiement qui semble être de mise dans un couple:
"- Chérie... cela... lavez-le s'il vous plaît." Ça fait bizarre, non?
Quelques autres extraits illustrant les moeurs nord-coréennes:
"- Les enfants d'aujourd'hui ne sont pas sages, même à vingt-six ans. parce que la vie est trop confortable... Ils ne savent pas pourquoi se marier." (comme ici)
"... Un homme et une femme s'aiment et se marient librement. Mais quand ils fondent une famille, il leur faut s'inscrire à l'Institut de droit. La formation de la famille est garantie par la loi. Parce que chaque famille est une unité de la vie de la nation. Comment peut-on négliger la destruction de l'unité de la nation?... Le problème du divorce n'est pas un problème privé, ni un problème administratif qui se résumerait à rompre ou non les relations entre époux. C'est un problème social et politique qui réside dans le destin de la famille en tant que cellule de la société, et dans la solidité de la grande famille de la société. C'est pour cela que notre tribunal le traite avec sérieux.
- Camarade juge, je connais bien la supériorité de notre code."
et j'ai adoré l'aboiement des chiens, "k'ongk'ong"
(ouaf ouaf ce n'est pas mieux, cela dit
).
La préface du traducteur est par ailleurs très instructive et replace l'histoire dans son contexte.
"la littérature nord-coréenne actuelle est une littérature du couple et de la famille (malgré le mot d'ordre national de L'armée d'abord), dans la mesure où elle situe ses problématiques dans le couple et dans la famille nucléaire."
"La vie privée ne doit pas entraver le devoir social."
J'ai dû survoler certains passages qui me semblaient spoiler l'histoire et voulait revenir dessus après lecture, mais finalement, cela ne m'a pas semblé nécessaire (ou flemme, à voir
).
L'auteur
Baek Nam Ryong est né en 1949 dans la province du Hamgyông du Sud, qui s’étend sur la côte est de la Corée du Nord. Il étudie l’écriture à la faculté centrale Kim Il-Sung, et publie, en 1979, sa nouvelle Les Appelés dans la revue Choson Munhak, commençant ainsi sa carrière d’écrivain. Il a publié depuis une vingtaine d’œuvres, y compris Pôt (Des amis) et Saenghwal (Vie, pas encore traduit en français). Actif au sein du mouvement littéraire du 15 avril (qui prône moins d’héroïsme et plus de réalisme dans les Lettres), il est devenu un écrivain réellement représentatif de la Corée du Nord, qui revendique son origine et sa formation en usine. Son travail s’en ressent, qui se traduit littérairement par un attachement à la justesse du vocabulaire et du détail.
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