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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 12:18



CROISETTE

Quelque temps après Greffier, le carnet dans lequel il chronique le procès intenté à Charlie Hebdo suite à leur publication des caricatures danoises de Mahomet, Joann Sfar se voit proposer la sympathique tâche de dessiner les coulisses du Festival de Cannes lors de son 60è anniversaire en 2007.

L'enjeu est tout autre, place à la superficialité d'un univers dans lequel il faut gratter l'énorme couche "business and money" pour entrapercevoir éventuellement ce qui en fait le Septième Art, place au strass et aux paillettes aussi, et si Joann Sfar n'a rien contre véritablement, il ne s'y sent pas vraiment à sa place et c'est assez peu convaincu qu'il relève cette mission à laquelle il s'attèle tout de même bon gré mal gré.

Qu'on ne s'attende ni à du croustillant ni à du rêve (ce que j'imaginais (et espèrais mine de rien )), ses chroniques ne ressemblent en rien à celles des magazines où l'on verrait les vedettes monter les marches pages après pages, Joann Sfar éclaire ce festival d'une lumière moins glamour en fin de compte, et ce qui en ressort surtout c'est l'ennui, la déprime ressentie par notre dessinateur malgré quelques rencontres intéressantes qui n'éclipseront pas la joie véritable qu'il éprouve en retrouvant l'intimité et la chaleur familiale à quelques kilomètres de là.

"Je me dis que je n'ai rien à raconter sur le festival de Cannes. C'est un lieu agité. Mais il ne s'agit pas du mouvement dont on fait les histoires. Tous les jours je croise de bons personnages [...] mais ça ne suffit pas. Il me manque une dramaturgie."

Enfin, heureusement pour nous, ce carnet est loin d'être aussi ennuyeux que son sujet pour Joann Sfar car il nous divertit comme toujours de son humour de pitre, un poil mordant, son autodérision, de ses réflexions et observations perspicaces, c'est parfois cinglant, le moins que l'on puisse dire c'est que Joann Sfar n'a pas la langue de bois, il dit les choses comme il les pense et les ressent, c'est un régal.

"Il y aurait eu une énième guerre mondiale, personne ici ne s'en serait aperçu. La guerre ici, c'est les films. L'argent qu'ils coûtent. L'argent qu'ils rapportent. L'idée qu'on en a."


Déception aussi de son côté par rapport à l'espoir qu'il avait entretenu d'entendre les gens du milieu parler cinéma, des ficelles du métier, comme des gens passionnés de cet art le feraient, d'autant plus qu'en futur réalisateur et co-producteur du "Chat du Rabbin" (en dessin-animé), il n'aurait pas craché sur quelques leçons de cinéma, et ce festival semblait être le lieu propice à ce genre d'échanges...

"Oui, ça fait une semaine que j'entends des gens parler des films en disant "j'aime, j'aime pas" comme les gamins qui disent "j'aime pas les tomates". Ca fait une semaine que je me cogne la langue de bois des acteurs et réalisateurs anglo-saxons qui font du marketing plutôt que de parler généreusement de leur pratique."

... jusqu'à la rencontre avec Scorsese et sa leçon de cinéma, où là, c'est le déclic, la révélation qui lui donne une folle envie de se mettre au travail pour apprendre à faire un film, au point d'engager un professeur de cinéma. J'ai beaucoup aimé ce passage car sa passion et son excitation sont véritablement communicatives, inspirantes et particulièrement comiques.


Comme toujours dans ses carnets, on a des bonus, ici entre autres un carnet sur son apprentissage du violon, avec, en introduction, un warning qui semblait s'adresser directement à moi (j'étais pliée de rire!):
"Amateurs de carnets de voyages et de récits familiaux, passez votre chemin. Ce livre ne parle que du violon. Et il n'est pas conçu pour vous distraire."
Je ne me le suis pas fait dire deux fois quoique je j'ai feuilleté rapidement des fois que je passais à côté d'un truc vraiment intéressant mais j'ai vraiment du mal avec son écriture pas soignée (et souvent il en fait  des tartines) et ses dessins souvent bien brouillons. La partie consacrée au festival de Cannes était déjà bien dense, bien conséquente, ça m'avait largement suffit.


Voilà, j'ai pratiquement fait le tour des Carnets qui m'intéressaient avec celui-là il me semble, j'ai particulièrement apprécié ceux dédiés aux récits de voyage, il me reste à découvrir ses autres BD mais elles m'attirent moins.


Egalement commenté par Keisha.

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Published by A_girl_from_earth - dans TEMOIGNAGES EN BD
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commentaires

Géraldine 06/05/2009 22:52

C'est sûr que j'en ai vu du people ! Mais finalement, j'ai préférer me retirer et mener une vie paisible en province !!!

A_girl_from_earth 06/05/2009 23:16


Je suis sûre qu'il y en a plein qui rêveraient de faire pareil. Une vie sans paparazzi, finalement on est bien là où
on est!


Géraldine 06/05/2009 18:49

Et dire que j'ai monté les Marches du Palais du Festival de Cannes en mai 1997, pour le cinquantième anniversaire, en qualité... d'hôtesse d'accueil qui a réussi a choper des billets pour voir les films !

A_girl_from_earth 06/05/2009 22:11


Veinarde! Ca c'est du bon plan! T'as dû en voir du people en plus! Moi l'été 95 j'avais bossé à Disney et j'ai vu...
Bernard Minet, na!


keisha 06/05/2009 13:24

Greffier est un des meilleurs carnets, mais celui ci est bien aussi (je les ai tous lus sauf un...). merci pour tous les détails. j'en parlais sur mon blog, mais il y a un bout!Essaie Le chat du rabbin, le premier tome n'est pas mal.Je viens de découvrir Tronheim, un pote de Sfar, qui tient une sorte de "carnets" sympas aussi. Mais j'ai la flemme d'écrire un billet...

A_girl_from_earth 06/05/2009 21:55


Oui Le chat du rabbin faudra que j'essaie un jour. Ce qu'il y a c'est que j'aime beaucoup le ton de Joann Sfar, ses propos, son humour, etc, mais j'ai sérieusement du mal avec ses dessins
et son écriture (encore que j'ai fini par m'y résigner et que je ne râle plus comme au début de ma découverte de ses carnets), du coup je ne me précipite pas trop, c'est pas vraiment reposant comme
lecture en fait.

J'ai vu aussi les carnets de Trondheim mais pas encore tenté. "Sympas" ça me suffit comme commentaire si tu as la flemme d'en dire plus. (aah comme je comprends, j'ai des billets de retard là aussi mais je n'arrive pas à m'y mettre... pas très motivée... ça me prend
du temps que je préfère passer à lire en ce moment)


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