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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 20:40



JE REGRETTE D'ÊTRE NÉ LA -BAS
 
     CORÉE DU NORD : L'ENFER ET L'EXIL
 
                    de Marine Buissonnière et Sophie Delaunay
 
 
 
Tae-Gum, qui a douze ans a peine, s'alimente de plantes qu'elle récolte dans la montagne ; Pok-Yol, plus jeune encore, survit dans les rues, mendiant ou ramassant ce qu'il trouve ; la faim finit aussi par toucher Chin-Gyong et ses enfants, alors que le père est cadre du Parti.
 
Face a cette situation dramatique, et malgré le risque que cela représente dans un pays ou la délation remplit les camps, Tae-Gum, Chin-Gyong et Pok-Yol décident de gagner la Chine. Mais " le grand frère " refoule violemment les migrants illégaux. Pris dans l'étau de la répression, Tae-Gum, Chin-Gyông et Pok-Yol s'engagent dans un exil interminable vers le seul pays qui leur offre asile : la Corée du Sud.
 
C'est avec une simplicité poignante qu'ils en font le récit, racontant comment ils ont peu à peu pris conscience des mensonges criminels des dirigeants, comment, à l'issue d'épreuves et de souffrances qui font d'eux des survivants, grâce aussi a un courage extraordinaire, ils sont finalement parvenus à rejoindre le Sud.
 
Tandis que la Corée du Nord persiste dans la théorie de l'autosuffisance prônée par son " Grand Leader " Kim II-Sung au mépris des populations les plus vulnérables du pays, tandis que plusieurs dizaines de milliers de Nords-Coréens sont enfermés dans des camps, ce témoignage humain et politique est un appel au secours. "
 
Sophie Delaunay a trente-huit ans. Auteur d'une thèse sur l'isolationnisme nord-coréen, elle a participé pendant dix ans à des missions de MSF en Thaïlande, au Rwanda, en Chine et en Corée du Sud."
 
Je ne sais pas trop quoi dire après avoir lu ces témoignages. Bouleversée est faible. Révoltée... Terrible de se sentir impuissant face à ces drames humains, face à tant de vrai misère, de souffrance, de désespoir, d'appels au secours. Aberrant que ces gens soient tellement écrasés par leur fardeau quotidien qu'ils en arrivent à devoir témoigner et étaler leur misérable vie de façon à exister aux yeux des autres. Car je doute que beaucoup de gens soient véritablement au courant de leur lot. L'indifférence est pourtant la pire attitude d'un humain envers un autre. Malheureusement on a tendance à vivre dans sa bulle. Beaucoup de gens devraient lire ce genre de récits, ils se rendraient alors compte de leur immense chance et relativiseraient certaines choses...


(commenté le 24/06/2006)

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Published by A_girl_from_earth - dans VECU - NON-FICTION
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A_girl_from_earth 29/03/2008 20:58

Des extraits :

p.49
"Partout en Corée du Nord, traînent des jeunes comme moi, occupés à chaparder de la nourriture. Les personnes âgées et les femmes n'ont pas notre énergie ni notre agilité, et on les retrouve allongées sur la chaussée à quémander une aide que personne ne leur donne. Un jour, un vieil homme frêle qui n'avait plus que la peau sur les os a volé sous mes yeux un gâteau de riz à un marchand et l'a mis précipitemment dans sa bouche. Il l'a avalé si vite qu'il est mort étouffé sur-le-champ. Beaucoup de gens sont morts dans la rue pendant ces années-là."

p.75
"Tout était conçu pour que personne ne puisse ni voir, ni entendre, ni aller et venir librement, et que chacun se dévoue corps et âme au système qui l'opprimait. C'est pour cela que nos idées et nos opinions sont si étroites. On a rendu les gens idiots dans ce pays.
[...] L'année 1995 aurait dû nous permettre d'atteindre ce grand bonheur, la pénurie ayant fini par gagner les milieux les plus favorisés. [...] Il arrivait que mes professeurs désertent la salle de classe pour chercher à se nourrir, comme le reste de la population. Jamais, sans doute, nous n'avons été à ce point égaux. A cette époque, tout le monde croyait que le régime touchait à sa fin. Notre seule obsession était de tenir jusqu'au moment historique où nous pourrions offrir à notre pays un leader digne de ce nom.
C'est alors que l'aide internationale a déferlé sur la Corée. Au début, cette assistance nous a semblé un don du ciel, mais, très vite, nous avons compris qu'elle n'irait pas dans nos bols. Le regain d'activité sur les marchés est devenu nettement perceptible. Les membres du Parti ont repris leur fonction. La discipline a été réinstaurée et il a de nouveau été difficile de se déplacer librement. A défaut de sauver notre nation coréenne, les pays étrangers avaient permis à notre bourreau de reprendre du service. Je suis farouchement contre l'aide humanitaire."

p.77
"En 1998, j'ai été assigné à une unité de travail dans une usine de récupération de matériaux, sans avoir obtenu le moindre diplôme. [...] J'ai été immédiatement envoyé dans un camp de rééducation où j'ai dû trimer comme une bête et subir de nombreux sévices. Ce camp était destiné à rééduquer par le travail les chômeurs et les mendiants. Il était impossible de s'en échapper. [...] Notre seule récompense pour notre dur labeur était un misérable bol de maïs qui ne contenait pas plus de cinquante grains. Et encore, pour l'obtenir, il fallait avoir défilé, après le travail, en chantant à la gloire du socialisme. Le soir, notre dîner frugal était suivi d'une séance de critique et d'autocritique. Nous commencions en général par applaudir notre bien-aimé dirigeant, puis nous devions avouer nos "crimes". Ensuite, il s'agissait de révéler les fautes de nos compagnons de cellule. [...] Nous passions toute la séance à nous accuser les uns les autres. A la fin, on ne savait qui, du garde ou de nos compagnons, on détestait le plus."

p.98
"Ils n'ont rien trouvé, j'avais déjà avalé le morceau de métal. J'espérais mourir dans les heures qui suivaient, mais j'ai attendu toute la nuit et il ne s'est rien passé. Je n'arrivais pas à croire que j'aie pu être condamnée à survivre. Pendant des semaines, j'ai souffert de terribles maux de ventre. Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais vu l'hameçon évacué dans mes selles. Je peux le sentir logé en moi, prêt à éveiller à tout instant le souvenir de ces semaines d'indignité."

p.157
"Le soir, malgré la fatigue, je dormais mal. Les images de la prison me hantaient sans cesse. [...] Longtemps après, j'ai vu une vidéo intitulée Papillon, qui a la réputation d'être l'un des plus tragiques récits de vie dans une prison. En ce qui me concerne, ça ne m'aurait pas déplu de passer le reste de ma vie dans de telles conditions. Le héros du film pouvait attraper et manger des cafards. Au moins, il avait cette liberté-là. [...] Les centres de détention décrits dans les films étrangers me semblent plutôt confortables. Pour accrocher un poster de femme nue sur le mur de sa cellule ou pour avoir des relations homosexuelles en prison, il faut être nourri correctement. Dans les camps nord-coréens, les détenus sont affaiblis au point de ne plus pouvoir rien faire ni penser. Moi, je n'ai jamais pu imaginer le corps d'une femme là-bas. Je n'avais absolument aucune énergie pour cela."

p.181
"Quand on se sent enfin en sécurité, la première chose qui vient à l'esprit c'est de se dire qu'on va gagner un maximum d'argent pour aider nos compatriotes du Nord. Mais la réalité n'est pas aussi simple. Quelques jours après mon arrivée à Séoul, on a estimé mon niveau scolaire à celui d'un enfant de sept ou huit ans en Corée du Sud. Je me suis senti si inférieur et si humilié lorsque l'instructeur m'a dit qu'il me faudrait tout recommencer de zéro! J'avais passé mes vingt premières années à me battre pour survivre, je n'avais plus sept ans!"

p.186
"Mon voeu le plus cher est que, dans deux ou trois ans, nous soyons réunifiés. [...] Moi, je suis un combattant. Je continuerai à batailler pour que l'on sache ce qui se passe en Corée du Nord et qu'on nous considère enfin comme des êtres humains.
[...] C'est pour cela que j'ai décidé de raconter mon histoire. Pourtant, lorsque je m'assieds à ma table, je ne peux rien écrire. Je ne comprends pas grand-chose au monde. Des milliers de pensées me traversent l'esprit et je n'arrive pas à les intercepter. [...] Je ne suis pas le seul à avoir connu une vie aussi difficile. C'est la triste réalité de millions de Nord-Coréens. Chaque fois que je pense à eux, mon coeur se serre et je ne sais pas à qui je pourrai raconter cette histoire."

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