LE PHOTOGRAPHE (Tome 1, 2 & 3)
Un concept absolument extraordinaire, original et intéressant que cette BD-photo qui met à portée de tout public un pan de l'histoire qui peut paraitre trop distant géographiquement
parlant pour nous concerner et nous impliquer, et dont nous n'avons malheureusement que de vagues notions qui suscitent hélas rapidement l'indifférence ou le "blasage".
J'ai trouvé cette aventure humaine très touchante et incroyable, le dévouement et les risques encourus par une poignée d'individus oeuvrant au sein de MSF, qui font le choix de se dédier à une
cause qui semble tellement perdue, désespérée, au coeur de l'Afghanistan, dans des conditions absolument spartiates.
Ce plongeon au coeur d'un pays et d'une culture tellement étrangère à la nôtre remet bien des points sur les "i", ce témoignage est tour à tour émouvant, drôle, révoltant, et très
instructif sur une civilisation dont nous connaissons finalement si peu. J'ai beaucoup aimé les touches anecdotiques et humoristiques de Didier Lefèvre qui allège un petit peu la gravité
et le côté glauque de la situation, il apparaît tellement humain et occidental dans ses réactions et sa vision des choses, et j'apprécie le fait qu'il ne le masque pas dans son
témoignage (qu'est-ce qu'il m'a fait rire par moments!).
Quant au côté artistique de la BD, les photos noirs et blancs ne sont pas toujours les meilleurs, ni adaptées au format BD, et les dessins assez minimalistes (un petit côté Tintin)
mais elles véhiculent l'essentiel : un témoignage sur une aventure humaine assez exceptionnel et hors-norme. Et il y a quelque chose de touchant, magique, troublant et poétique dans ces
photos intégrées comme ça dans le courant du récit.
Superbe! A découvrir absolument! Il devrait y avoir plus de BD-photos de ce style!
Naissance de cette BD-photo, par Emmanuel Guibert :
"Quand un reporter photographe rentre de mission dans un pays en guerre, il ramène des centaines de photos et autant d'anecdotes. Sur ces centaines de photos, quelques dizaines sont
tirées, quatre ou cinq sont vendues à la presse, et le reste, sous forme de planches-contact, échoue dans des boîtes. Le photographe, s'il aime raconter, raconte les anecdotes à ses proches.
Puis le temps passe, d'autres missions, d'autres photos et d'autres anecdotes chassent les premières, et la mémoire, elle aussi, les met en boîte. Voilà comment s'endorment les histoires. Le
nombre de belles histoires au bois dormant est infini. La bande dessinée est un des moyens de les réveiller. J'ai cent raisons d'aimer Didier Lefèvre. L'une d'elles, c'est qu'il est bon
photographe. Une autre, c'est qu'il raconte bien les histoires. Dès les premières fois où je l'ai entendu, planches-contact à l'appui, me raconter un de ses reportages, j'ai voulu qu'on fasse
un livre tous les deux. La bande dessinée intervient pour faire entendre la voix de Didier, combler les vides entre les photos et raconter ce qui se passe quand Didier, pour une raison ou une
autre, n'a pas pu photographier."
Shebam! Pow! Blop! Wizz!